Le burn-out autistique touche beaucoup de personnes sur le spectre de l’autisme. Cet état proche de la dépression est une forme d’anesthésie face à une grande anxiété. Une anxiété, très souvent, générée par une sur-adaptation et un « masking » important. On vous explique ça.
PS : on vous met plein de vidéos dans le texte, elles sont super utiles pour compléter cet article.
C’est quoi un « burn-out autistique » ?
Déjà, qu’est-ce que c’est ? Un « burn-out » est un état d’épuisement physique, émotionnel et mental intense causé par un stress chronique prolongé. Le burn-out est très semblable à un état dépressif (nous parlerons des symptômes et signes un peu plus bas).
Mais, globalement, le burn-out peut mener à une dépression. Cela intervient dans cet ordre : anxiété chronique prolongée -> burn-out -> dépression. La dépression est donc le stade le plus avancé qui peut donc suivre un burn-out.
La plupart du temps, on parle de burn-out dans le milieu professionnel ou scolaire. Mais, en réalité, le burn-out peut toucher d’autres milieux et situations. Le burn-out est un stress chronique lié à une surcharge ou un manque de sens dans une activité. On peut donc faire un burn-out lié à la parentalité, un burn-out lié à la charge mentale du foyer, etc. Et donc, il est possible de faire un burn-out lié à son autisme.
Quand on est autiste, il y a plusieurs types de crises possibles liées aux difficultés liées au TSA (trouble du spectre de l’autisme). Il y a par exemple le meltdown. En gros, le cerveau et le corps disjonctent par le « trop-plein » de stimulations. Cela peut se caractériser par des cris, des pleurs intenses, une agitation motrice, une fuite, une violence verbale ou physique
Ensuite, il y a ensuite le shutdown. C’est une intériorisation ou une « extinction » des fonctions pour faire face à la surcharge. En gros, la personne va se refermer sur elle-même pour recharger ses batteries après une surcharge sensorielle ou mentale. Cela se caractérise par un retrait social, un mutisme (incapacité temporaire à parler), un regard vide, un refus du contact visuel ou physique…
Et, il y a donc le burn-out autistique. Il s’agit donc d’un épuisement physique, mental et émotionnel profond et prolongé qui survient après une période de stress chronique ou d’accumulation de crises shutdown et meltdown (ou d’empêchements de crises).
Sachez que les symptômes du burn-out autistique peuvent aussi toucher d’autres profils en dehors du TSA. On parlera de « burn-out » mais d’une autre nature. Ce peut être un burn-out lié à la sur-adaptation dans l’anxiété généralisée, un burn-out lié à la sur-adaptation en cas de stress post-traumatique, pareil en cas de TDAH, de troubles DYS (dyspraxie, dyslexie, dyscalculie…), et cela peut en réalité toucher un peu tout le monde. Et le burn-out est d’ailleurs encore plus fréquent quand on a des comorbidités. Par exemple : TSA + TDAH, ou encore anxiété chronique + dyspraxie.
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Quels sont les signes du burn-out autistique ?
Voici une liste de symptômes possibles du burn-out autistique. C’est une liste non exhaustive car les personnes autistes, étant sur un spectre, n’ont pas toutes les mêmes manières de réagir. D’ailleurs, n’hésitez pas à compléter cette liste dans les commentaires pour partager votre vécu.
- Désintérêt pour les intérêts spécifiques : l’autiste a des intérêts spécifiques, c’est quelque chose de vital pour lui. Et donc, la personne peut ne plus du tout passer de temps sur ces grandes passions et ne même plus y trouver d’intérêt. Et, plus largement, il y a aussi souvent un désintérêt pour tout : les relations, la nourriture, etc.
- Symptômes anxieux importants : tremblements, nausées, troubles digestifs (constipation, diarrhées…), insomnies ou hypersomnies, tachycardie, malaises vagaux, déréalisation, dépersonnalisation, perte de mémoire, difficulté d’attention, perte d’appétit ou hyperphagie, sueurs, bouffées de chaleur…
- Multiplication et aggravation des shutdowns et meldowns : de plus en plus de crises et des crises de panique en supplément peuvent aussi se manifester. Et il peut aussi y avoir, à l’inverse, une apathie, une anesthésie.
- Besoin de s’isoler : et, souvent, en même temps, d’être entouré / soutenu, voire assisté. Le besoin de solitude, mais en même temps d’être épaulé, vient du fait que la personne est sur-stimulée et a besoin d’une grande pause. Mais, en même temps, elle a aussi besoin d’aide.
- Autres symptômes possibles : fatigue importante et besoin de siestes régulières, waiting mode, tendance à se sentir mieux la nuit, une hypersensibilité générale (pleurs, lumière aveuglante, textures très dérangeantes, sons assourdissants…), migraines, augmentation des addictions (tabac, drogues, médicaments, alcool…), impossibilité de parler, impossibilité à se concentrer, impossibilité à travailler, impossibilité de socialiser, agoraphobie possible, hypocondrie possible, rejet des autres, tâches « simples » devenues difficiles (se brosser les dents, prendre une douche…) et bien d’autres possibilités de symptômes.
Quelles sont les causes ?
En fait, il n’y a pas une multitude de causes au burn-out et, particulièrement, au burn-out autistique. La seule vraie cause d’un burn-out, c’est l’exposition prolongée à une anxiété (consciente ou non) chronique liée à une surcharge mentale. Cette surcharge mentale vient généralement d’une sur-adaptation mentale et physique.
En gros : la personne se sur-adapte à des situations qui la mettent mal à l’aise et cela lui provoque un stress intense. La personne se sent littéralement en danger dans cette situation et donc, face à ce « danger », elle va se battre, fuir ou se figer.
Fuir, ce serait s’isoler, partir. Se figer, ce serait le mutisme, le fait de ne rien faire, de ne plus parler. Et combattre, c’est ce qui mène le plus souvent au burn-out : la personne va quand même essayer de faire face à la situation, quitte à se sentir très mal pendant et après, quitte à se blesser finalement.
Exemple : pour un burn-out professionnel, la personne se sent obligée de rester cordiale avec son patron, lequel lui en demande trop et lui parle mal. Résultat, la personne prend sur elle jusqu’à imploser. Cette implosion, c’est le burn-out.
Autre exemple : pour un burn-out parental, une mère est obligée de s’occuper de son bébé mais elle est crevée, ses cris la fatiguent, elle reste enfermée chez elle, elle se sent piégée. Alors, elle implose.
Et dans le burn-out autistique alors ? Et bien, le burn-out intervient généralement quand la personne autiste essaie de s’adapter (trop) à un monde qui n’est pas pensé pour elle. Elle va alors masquer son autisme, c’est le « masking« .
Et le « masking » prend beaucoup d’énergie mentale et physique (penser à tous les détails, se crisper, regarder dans tous les sens pour savoir que faire…). La personne TSA se sent obligée de masquer (même inconsciemment), et elle le fait jusqu’à l’implosion.
Le masking, c’est donc le fait de masquer ses particularités, des particularités souvent peu acceptées socialement. Par exemple : tout faire pour éviter les maladresses sociales, faire en sorte que ses gestes soient naturels, essayer de regarder davantage dans les yeux, s’empêcher de stimmer (comportements d’auto-régulation du système nerveux, par exemple se balancer, bouger ses mains, faire des gestes répétés…).
Autres exemples de maskings : s’empêcher de partir d’un événement ou d’une conversation fatigante par « ça ne se fait pas », s’empêcher de faire des pauses sensorielles, s’empêcher d’avoir des aménagements (casque anti-bruit, jouets anti-stress…), s’obliger à vivre comme une personne sans autisme et au même rythme (travailler 35 h, faire plusieurs activités dans la même journée…). Et, il y a plein d’autres manières de masquer, impossible de tout citer.
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Comment en sortir et le prévenir ?
- Accepter que ça va prendre du temps : un burn-out ne se soigne pas en deux semaines. Vous DEVEZ intégrer que pour en sortir, vous DEVEZ prendre du temps pour vous et vous faire passer en priorité. Et donc, ça va prendre du temps. D’autant que, dans la plupart des cas, le burn-out veut dire que vous masquez depuis très longtemps. C’est devenu un automatisme. Alors, il est probable que vous allez continuer à masquer même si, justement, arrêter de masquer EST le traitement de ce burn-out.
- Accepter l’aide extérieure : avant ou pendant un burn-out autistique, il est utile de se faire accompagner (mais toujours sans vous obliger car cela aggravera la situation). Psychologue, psychiatre, CMP, MDPH (AAH, PCH, RQTH…), vos proches, avoir un chien d’assistance, accepter d’avoir des béquilles médicamenteuses (anxiolytiques, antidépresseurs…), ESAT, neuropsychologue… Bref, il y a plein d’aides possibles pour s’en sortir ou éviter cela.
- Prévenir son entourage : il faut être clair et net avec les personnes qui vous entourent et si elles ne le comprennent pas, n’hésitez pas à vous éloigner de ces personnes. Vous avez besoin de soutien. Expliquez votre trouble, expliquez pourquoi vous avez besoin de partir de telle situation, expliquez votre burn-out… Et, au moins, si votre entourage est prêt à vous épauler, il saura globalement comment vous aider et cela enlèvera aussi la peur que vos réactions soient incomprises par les autres.
- Faire des aménagements et revenir soi-même : Plus facile à dire qu’à faire, mais c’est l’essentiel pour ne pas faire de burn-out autistique. Il faut arrêter de masquer et accepter ses « bizarreries » et ses besoins. Il ne faut pas chercher à vivre comme un alliste, mais en accord avec votre handicap. Une personne qui ne peut plus marcher ne va pas se passer du fauteuil roulant pour avoir l’air plus intégrée à la société. C’est pareil pour l’autisme. Avec un TSA, on a souvent besoin d’aménagements. Donc, notamment : stimmer si vous en avez besoin, avoir des horaires aménagés, se faire un planning si besoin, apprendre à dire « non », utiliser des jouets anti-stress, faire un métier adapté OU accepter votre incapacité à travailler à temps plein à cause de votre handicap (et donc le fait de toucher l’AHH et/ou de travailler en ESAT), utiliser des techniques d’ancrage, s’habiller et agir sans se soucier du regard de l’autre, lire des choses qui vous font du bien, donner libre cours à vos intérêts spécifiques quels qu’ils soient, faire des pauses sociales et sensorielles, etc.
N’hésitez pas à nous poser vos questions sur ce sujet dans les commentaires et à y écrire votre témoignage. Un témoignage vaut généralement beaucoup plus qu’un article.
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