Le montant du loyer fait partie des sujets qui crispent le plus les locataires, surtout dans un contexte où les prix immobiliers progressent plus vite que les salaires. La question revient sans cesse : quand, concrètement, un propriétaire a-t-il le droit d’augmenter le loyer en France ?
Le propriétaire a-t-il le droit d’augmenter le loyer d’une location ? Le cas de la révision annuelle
Contrairement à l’idée répandue selon laquelle un bailleur ferait ce qu’il veut, la loi encadre très strictement les hausses. Elles ne sont possibles que dans des conditions précises, définies par le Code de la construction et de l’habitation et par la loi du 6 juillet 1989 qui régit les rapports locatifs. Tout dépend de la situation du logement, du type de bail, de la zone géographique et de la présence ou non d’une clause d’indexation.
Le premier cas concerne la révision annuelle du loyer. Cette hausse n’est possible que si le bail comporte une clause de révision, parfois appelée clause d’indexation.
Elle renvoie à l’Indice de Référence des Loyers, l’IRL, publié tous les trimestres par l’INSEE. Le propriétaire peut alors réviser le loyer une fois par an, à la date prévue dans le bail ou à défaut à la date anniversaire d’entrée dans les lieux.
La hausse ne peut pas dépasser la variation de l’IRL, ce qui signifie que le bailleur ne peut jamais augmenter de 5 % ou 10 % au hasard. L’IRL agit comme un plafond légal. En l’absence de cette clause, aucune révision n’est possible, même si l’indice augmente. Un bailleur qui essaierait malgré tout de modifier le loyer se mettrait hors la loi.
Le cas particulier des zones dites tendues
Le deuxième cas concerne les zones dites tendues, où l’encadrement des loyers s’applique. Ces zones regroupent la majorité des grandes agglomérations françaises, y compris Paris, Lyon, Montpellier, Bordeaux, Nice et plusieurs dizaines de communes supplémentaires.
Dans ces territoires, la loi limite les hausses beaucoup plus sévèrement. Lorsqu’un locataire quitte les lieux et qu’un nouveau contrat est signé, le propriétaire ne peut pas augmenter librement le loyer. Il doit respecter le loyer de référence majoré fixé par la préfecture, sauf travaux lourds ou sous-évaluation manifeste. Ce système vise à empêcher les envolées de loyers entre deux locataires et à stabiliser le marché.
Dans les mêmes zones tendues, la hausse entre deux locataires est permise uniquement si le propriétaire a effectué des travaux améliorant réellement le logement. Il ne s’agit pas de repeindre ou de changer un robinet. Les travaux doivent représenter au moins six mois de loyer.
Dans ce cas, le bailleur peut augmenter dans la limite de 15 % du coût des travaux. Cette règle permet de valoriser les rénovations tout en évitant les abus. La loi autorise également une hausse lorsque le précédent loyer était manifestement sous-évalué. Le propriétaire doit alors justifier la nouvelle valeur en s’appuyant sur des loyers comparables dans le même secteur.

VOIR AUSSI : Un locataire a-t-il le droit de refuser la visite de son propriétaire ?
Le cas d’augmentation du loyer pour le renouvellement du bail
Un autre cas d’augmentation intervient lors du renouvellement du bail. Contrairement à la révision annuelle, cette hausse ne peut intervenir qu’à la fin du contrat de trois ans (pour un bailleur particulier) ou de six ans (pour une société).
Le propriétaire doit respecter une procédure précise. Il doit prévenir le locataire au moins six mois avant l’échéance. Il doit également démontrer, pièces à l’appui, que le loyer est réellement inférieur au marché. Ce déséquilibre doit être prouvé à l’aide de références de loyers dans le quartier pour des logements similaires en surface, état et équipements.
S’il ne parvient pas à établir cette sous-évaluation, l’augmentation est interdite. Le locataire peut d’ailleurs contester la proposition devant la commission départementale de conciliation ou devant le juge.
Hausses de loyers à cause de travaux en copropriété
Les hausses liées à des travaux votés en copropriété constituent un cas particulier. Lorsqu’un immeuble a engagé des travaux d’amélioration, comme l’installation d’un ascenseur ou la rénovation globale de l’isolation thermique, le propriétaire peut répercuter une partie du coût sur le loyer.
Cette possibilité n’est valable que pour les travaux qualifiés d’amélioration, et non de simple entretien. La hausse doit rester limitée et proportionnée au bénéfice réel pour le locataire. Le bailleur doit présenter les factures et le détail des interventions.
D’autres éléments à connaître
Le régime des logements meublés ne fonctionne pas très différemment de celui des logements vides. La révision du loyer reste conditionnée à la clause d’indexation. Le renouvellement du bail annule la possibilité d’augmenter librement, sauf sous-évaluation prouvée. Cependant, le bail meublé dure un an et se renouvelle automatiquement, ce qui permet une révision annuelle plus régulière. Rien ne change sur le plan légal : l’IRL continue d’agir comme limite.
Les règles deviennent plus strictes lorsque le logement est soumis à l’encadrement des loyers, comme à Paris ou Lille. Le propriétaire doit respecter le loyer de référence majoré et justifier toute dérogation. La moindre erreur entraîne la possibilité pour le locataire de demander un remboursement de trop-perçu. Les tribunaux condamnent régulièrement des bailleurs qui ont dépassé ce plafond.

VOIR AUSSI : Location : le propriétaire a-t-il le droit de venir quand il veut ?
Un propriétaire peut-il augmenter le loyer parce qu’il rembourse un crédit immobilier ?
Les locataires s’interrogent souvent sur un point : un propriétaire peut-il augmenter le loyer parce qu’il rembourse un crédit immobilier ? La réponse est non. Les difficultés financières du bailleur, son crédit, les travaux personnels ou une hausse de charges non imputables ne justifient jamais une augmentation. Le montant du loyer dépend uniquement de la loi et du marché, jamais de la situation personnelle du propriétaire.
Le bailleur peut-il augmenter après un simple échange oral ?
Un autre sujet revient souvent : le bailleur peut-il augmenter après un simple échange oral ? Là encore, la réponse est non. Toute modification du loyer doit être écrite, formulée dans les règles et notifiée dans les délais. L’accord d’un locataire obtenu sous pression n’a aucune valeur juridique.
NuMedia est un média indépendant. Soutiens-nous en nous ajoutant à tes favoris sur Google Actualités :






