On parle beaucoup des beaux arts, mais cela veut-il dire qu’il existe des arts moches ? Tentons ensemble de répondre à cette question.
Que nous dit l’école des Beaux arts sur le sujet ?
L’école des Beaux arts (12 écoles nationales supérieures d’art [ENSA], ainsi que 34 écoles supérieures d’art et de design [ESAD] en France) le dit elle-même, en citant le dictionnaire : « ‘Art’ d’accord, mais pourquoi ‘beau’ ? Et que recouvre précisément ce pluriel ? La question vous a sûrement trotté dans la tête. Le dictionnaire nous délivre la définition suivante : ‘Arts (techniques) qui ont pour objet la représentation du beau et, spécialement, du beau plastique‘. Pour mieux comprendre cette histoire de « beau », il faut remonter aux sources de cette locution ‘beaux-arts’. »
D’après l’article, la première fois que les « beaux-arts » sont mentionnés, c’est dans Le Songe de Vaux de Jean de La Fontaine en 1671. « L’auteur des Fables y reprend les catégories inventées au XVIIe siècle et regroupées sous la bannière de « beaux-arts » : il cite ainsi la peinture, la sculpture, la gravure et l’architecture – soit des arts visuels, matériels, ayant en commun le dessin », peut-on lire dans l’article.
Des beaux arts, c’est une question de sensibilité et de contexte
Mais, peut-on réellement dire qu’il y a des arts beaux et, au contraire, des arts moches ? Il n’y a pas de réponse claire à cette question, du simple fait que l’art est, lui-même, une notion peu claire. Deux leviers peuvent toutefois aider à y répondre : la sensibilité de chacun et le contexte.
La sensibilité et le contexte sont généralement liés puisque, le plus souvent, le public n’a pas la même sensibilité à un type d’art en fonction du contexte. Exemple : aujourd’hui, nous sommes globalement mois sensibles aux peintures impressionnistes alors que c’était très apprécié à son époque de gloire.
1. La sensibilité personnelle
Mais, commençons par la notion de sensibilité. La sensibilité à une œuvre d’art, que ce soit de la musique, du visuel ou du littéraire, dépend de chaque personne. On dit que l’art est subjectif. Et c’est en partie vrai.
D’un côté, certaines œuvres auront plus de chances d’être jugées comme belles par une grande partie de la population car certains éléments quasiment universellement beaux y sont présents. Le cerveau humain, par exemple, inconsciemment, aime beaucoup la symétrie. Les œuvres symétriques sont donc généralement plus appréciées qu’une œuvre qui ne respecte pas la symétrie de l’espace.
Mais, nous ne sommes pas tous touchés par les mêmes œuvres et certaines œuvres jugées comme laides peuvent apparaitre comme belles ou comme émouvantes (belles, pas forcément physiquement, mais par les émotions qu’elles procurent) pour d’autres personnes.
L’art est difficile à définir, mais on considère que l’art, c’est l’alliance entre un savoir-faire et la procuration d’émotions et/ou de réflexions. Tout peut devenir de l’art, mais tout ne rend pas sensible le public.
Certaines personnes seront plus sensibles à la peinture ou au cinéma, quand d’autres personnes ne ressentiront rien face à une toile mais peuvent pleurer sur une musique. Sur la forme, il y a donc déjà une sensibilité personnelle.
Mais, il y a aussi une sensibilité sur le style de l’auteur, et sur l’interprétation qu’en fait le spectateur (en fonction de son vécu personnel, de ses expériences). En lisant une scène dans un livre, deux personnes peuvent interpréter différemment et ressentir des émotions différentes. Un tracé sur un tableau peut résonner chez quelqu’un et être regardé avec indifférence par une autre.

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2. Une question de contexte sociétal
De là, la notion de beauté et de mocheté ne peut pas forcément être défini, car c’est intimement personnel et dépend du regard du spectateur. La seule chose qui peut faire qu’on peut classer une œuvre comme belle ou moche, ce serait qu’il y ait un jury du goût public, comme c’est à peu près le cas au travers de l’histoire au travers des critiques d’art, des journaux artistiques et des écoles d’art ou même des galeries d’art.
Pendant longtemps, les galeries furent d’ailleurs jugées comme élitistes, n’exposant que les beaux arts, les arts jugés comme beaux en fonction de l’époque, de la mode actuelle et du contexte. Les arts jugés comme moches, trop différents de ce qui se faisait à l’époque, étaient alors mis de côté ou exposés dans des galeries d’arts moches, d’arts incompris.
C’était par exemple le cas du romantisme en peinture à l’époque où le classicisme était un bel art. Puis, avec le temps, le romantisme est devenu à son tour un bel art après avoir été mis de côté. Même chose en musique, avec par exemple le mouvement punk qui était anticonformiste et qui critiquait même les styles musicaux à la mode, ceux qui passaient à la radio et qui se vendaient le plus.
Puis, le style punk s’est démocratisé et est presque devenu à son tour conformiste et à la mode. Mais, pendant longtemps, c’était un style artistique et musical jugé comme vulgaire et laid, dans un contexte où la musique était plus lisse et conforme aux attentes.
Dans le même temps, la beauté d’un art dépend de plein d’autres facteurs. Par exemple, certains arts en occident seront jugés comme moches en orient et inversement.

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Pas de beaux arts, pas d’arts moches
Le contexte et l’opinion publique générale (la mode) ont donc joué sur ce qui était jugé comme moche ou beau dans l’art. À notre avis, il est donc impossible de juger un art comme moche ou beau, de manière objective. C’est une question de sensibilité personnelle et de contexte sociétal. Moralité : donc, l’art, c’est comme la nourriture, on dit « je n’aime pas », mais pas « c’est moche ». Et vous, vous en pensez quoi ?
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