Depuis le milieu de 2025, les prix des smartphones, ordinateurs et composants électroniques repartent à la hausse. L’explication tient en grande partie à une pénurie de mémoire vive (DRAM et NAND). Alors que la pandémie avait provoqué des retards ponctuels, la tension actuelle est structurelle et se manifeste par des hausses de prix à deux chiffres. Samsung, l’un des trois grands fournisseurs de mémoire avec Nvidia et Intel, prévient qu’une pénurie « fera grimper les prix des smartphones, PC et TV » et justifie déjà une révision de ses tarifs. Selon Counterpoint Research, les prix des puces mémoire ont augmenté de 40 % à 50 % fin 2025. De nouvelles hausses similaires restent également prévues pour début 2026. Cela reflète une pression durable sur l’offre face à la demande croissante.
L’augmentation touche même les normes DDR4, pourtant en fin de vie. Selon une analyse citée par Tom’s Hardware, les prix sur le marché spot ont bondi de 172 % pour la DDR4 et de 76 % pour la DDR5 au premier trimestre 2026. Les fabricants de matériel profitent encore de leurs stocks. Les analystes préviennent néanmoins que ces surcoûts se répercuteront rapidement sur les prix finaux. Certaines estimations évoquent un surcoût jusqu’à 25 % sur les composants des smartphones et cartes graphiques.
Sommaire
La pénurie de mémoire vive : le cœur invisible du problème
La mémoire est l’un des maillons essentiels de l’industrie high‑tech. Ce marché est dominé par trois fabricants : Nvidia, Samsung et Intel. Après une période de surproduction, ils ont réduit leurs capacités de production en 2023. Mais la demande est repartie brutalement à la hausse fin 2024. L’intelligence artificielle et les services cloud exigent des volumes gigantesques de mémoire et des modules HBM (High Bandwidth Memory) plus sophistiqués. Selon le cabinet Gartner, Samsung était en 2025 le deuxième vendeur mondial de puces avec 65,5 millions de dollars de revenus. Le géant sud-coréen se trouvait juste derrière Nvidia avec 76,6 millions de dollars de revenus.
Face à cette explosion de la demande, les fabricants privilégient la mémoire haut de gamme pour l’IA et limitent volontairement les contrats de long terme. Numerama explique que Samsung restreint la croissance de l’offre en DRAM « classique ». La firme se concentre désormais sur la mémoire HBM et augmente les prix jusqu’à 60 %. Cette stratégie de super‑cycle permet de reconstituer les marges après plusieurs années de prix bas. À l’autre bout de la chaîne, les stocks de DDR4 et DDR5 se tarissent. Les données de suivi des prix montrent que les kits DDR5 32 Go sont passés d’environ 90 € à plus de 400 € en quelques mois, soit une hausse de plus de 350 %.

IA et datacenters : comment la demande en GPU assèche le marché grand public ?
Le moteur de la pénurie est la soif insatiable des datacenters d’IA. L’entraînement des grands modèles de langage et d’autres applications d’IA demande des milliers de processeurs graphiques (GPU) et des capacités de stockage colossal. Un rapport de Big Media rappelle que les serveurs d’IA utilisent des GPU qui consomment quatre fois plus d’électricité qu’un serveur classique et dont la durée de vie est 3 à 5 fois plus courte. La consommation électrique liée aux datacenters d’IA pourrait passer de 50 TWh en 2023 à 554 TWh en 2030. Ces infrastructures requièrent aussi de grandes quantités d’eau. Greenpeace estime que la consommation annuelle d’eau pour refroidir les datacenters d’IA pourrait atteindre plusieurs centaines de milliards de litres.
Pour répondre à cette demande, les fondeurs réaffectent leurs capacités à la fabrication de HBM. En parallèle, Nvidia, Samsung et Intel auraient proposé des hausses de 30 % à leurs clients pour la DRAM et le flash. Cette reconfiguration profite aux fabricants, mais laisse les consommateurs en queue de peloton. Les fabricants d’entrées et de milieux de gamme n’ont plus assez de marge pour absorber les surcoûts. Les conséquences ? Tous se voient forcés d’augmenter les prix.
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Une production trop concentrée et des investissements sous tension
La géographie de l’industrie mémoire amplifie la pénurie. La quasi-totalité de la production de DRAM et de NAND est concentrée en Corée du Sud, à Taïwan et en Chine. Les États‑Unis et l’Europe tentent de rapatrier une partie de la fabrication via des programmes comme le Chips Act, mais les usines ne verront pas le jour avant plusieurs années. Après la crise de 2022‑2023, les trois leaders ont coupé leurs investissements pour stabiliser les prix.
En conséquence, les analystes s’attendent à ce que la pénurie se poursuive jusqu’en 2027, voire plus longtemps, tant que les nouvelles usines de DRAM n’entreront pas en production.

Smartphones et ordinateurs plus chers : quels impacts concrets pour les consommateurs ?
Pour le consommateur, la pénurie se traduit déjà par :
- Des composants plus coûteux,
- Des smartphones et PC haut de gamme plus chers,
- Une stagnation des performances.
Cette inflation technologique risque de creuser la fracture numérique en privant une partie de la population des dernières générations de smartphones ou d’ordinateurs. Les délais de renouvellement des appareils pourraient s’allonger, ce qui freinera les ventes mondiales.
Pourquoi cette inflation technologique risque de durer ?
Contrairement aux pénuries ponctuelles liées à la pandémie, cette crise de la mémoire est structurelle. Trois facteurs la rendent durable :
- Réallocation des capacités vers l’IA,
- Investissements insuffisants,
- Concentration géographique et risques géopolitiques.

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Quelles alternatives à moyen terme pour desserrer la pression ?
Plusieurs pistes existent pour atténuer cette crise :
- Recycler et réutiliser les composants. De plus en plus d’industriels envisagent de récupérer des modules mémoire sur des appareils en fin de vie pour les remettre sur le marché. Cela permettrait de réduire la pression sur la production neuve et de limiter les déchets électroniques.
- Investir dans des technologies alternatives, comme la MRAM (Magnetoresistive RAM) ou la ReRAM, qui pourraient offrir des performances équivalentes avec une empreinte énergétique réduite. Ces technologies sont encore au stade de la recherche, mais offrent une voie de diversification.
- Optimisation logicielle. Les développeurs peuvent concevoir des logiciels et des systèmes d’exploitation plus frugaux en mémoire, afin de réduire les besoins des appareils grand public et d’allonger leur durée de vie.
- Délocaliser partiellement la production.
- Demander un encadrement des supercycles. Certains analystes suggèrent que les autorités régulatrices surveillent les pratiques des géants de la mémoire pour éviter des pénuries artificielles.
L’impact environnemental : angle mort de la flambée high‑tech
Au‑delà des prix, la pénurie révèle un enjeu environnemental souvent négligé. Le numérique représentait près de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2020 et 4,4 % de l’empreinte carbone de la France en 2022. Ses émissions croissent de 6 % par an au niveau mondial, tirées par le développement des datacenters et de l’IA. La fabrication des puces est extrêmement gourmande en ressources. Un article de Pictet Asset Management souligne que les usines de semi‑conducteurs consomment plus de 100 milliards de litres d’eau par an, émettent près de 100 millions de tonnes de CO₂ et génèrent des déchets toxiques. En parallèle, la production de puces repose sur l’extraction de terres rares et de métaux, accentuant la pression sur les écosystèmes.
Cette dimension écologique doit entrer dans le débat : si la pénurie conduit l’industrie à produire davantage de puces dans un délai réduit, elle risque d’augmenter encore l’empreinte carbone et la consommation d’eau. Or la transition écologique exige de limiter la croissance des usages numériques et des volumes de calcul pour espérer maintenir le numérique dans des limites soutenables.

Conclusion : vers un Tech plus sobre et diversifié ?
L’explosion des prix high‑tech en 2026 est le symptôme d’une reconfiguration profonde de l’industrie des semi‑conducteurs. Cette tension met en lumière une dépendance inquiétante à quelques acteurs et une insuffisance d’investissements dans les capacités de production. Elle interroge aussi notre rapport à la technologie : sommes‑nous prêts à accepter des appareils plus chers pour soutenir une course à la puissance alimentée par l’IA ?
Pour sortir de l’impasse, il faudra diversifier les technologies mémoire, renforcer les programmes de recyclage, optimiser les logiciels et implanter de nouvelles usines hors d’Asie. Mais surtout, il faudra intégrer l’enjeu écologique dans les décisions d’investissement et de consommation. Le numérique est une formidable opportunité, mais sans une meilleure maîtrise, la pénurie actuelle n’est qu’un avant‑goût des tensions qui pourraient se multiplier à l’avenir.
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