La vente en viager suscite souvent des interrogations, en particulier au sein des familles. Lorsqu’un parent âgé envisage cette solution, une question revient régulièrement : les héritiers doivent-ils donner leur accord ? La réponse est plus simple qu’il n’y paraît… mais elle mérite quelques nuances juridiques.
Sommaire
Le principe : le propriétaire est libre de vendre son bien
En droit français, un propriétaire est libre de disposer de son bien comme il l’entend. Cela signifie qu’une personne peut vendre son logement en viager sans demander l’accord de ses héritiers, qu’ils soient enfants, petits-enfants ou autres membres de la famille.
Tant que le vendeur est :
- juridiquement propriétaire du bien,
- sain d’esprit au moment de la vente,
- et qu’aucune mesure de protection (tutelle, curatelle…) n’est en place,
- 👉 il peut signer seul l’acte de vente devant notaire.
Les héritiers n’ont donc aucun droit de veto sur la vente en viager, même s’ils sont directement concernés par la succession future.
Pourquoi l’accord des héritiers n’est pas requis
Les héritiers n’ont aucun droit sur le patrimoine tant que la personne est en vie. On parle alors de droits éventuels, qui ne deviennent effectifs qu’au décès.
En clair :
- avant le décès, le bien appartient exclusivement au vendeur ;
- après le décès, les héritiers se partagent ce qui reste dans la succession.
Si le bien a été vendu en viager avant, il ne fait plus partie de la succession.

VOIR AUSSI : Les principaux avantages et inconvénients au viager en immobilier
Viager occupé ou viager libre : aucune différence sur le principe
Que la vente se fasse :
- en viager occupé (le vendeur conserve le droit d’usage et d’habitation),
- ou en viager libre (l’acheteur peut occuper ou louer le bien immédiatement),
- 👉 la règle reste la même : l’accord des héritiers n’est pas nécessaire.
La différence porte uniquement sur le montant du bouquet et de la rente, pas sur les droits de la famille.
Les cas où la vente peut être contestée après coup
Même si l’accord des héritiers n’est pas requis, ils peuvent contester la vente dans certains cas précis, après le décès du vendeur.
1. L’insanité d’esprit du vendeur
Si les héritiers prouvent que le vendeur n’était pas en pleine possession de ses facultés mentales au moment de la signature (maladie neurodégénérative, confusion sévère…), la vente peut être annulée.
⚠️ La preuve est souvent complexe et repose sur des expertises médicales.
2. Une vente à un prix manifestement sous-évalué
Si le viager est jugé déséquilibré, avec un bouquet dérisoire ou une rente anormalement faible, les héritiers peuvent invoquer une absence d’aléa, élément essentiel du viager. Sans aléa réel sur la durée de vie du vendeur, le contrat peut être requalifié ou annulé.
3. Une atteinte à la réserve héréditaire
Les héritiers réservataires (notamment les enfants) peuvent agir si la vente est assimilée à une donation déguisée, c’est-à-dire si elle a été conclue dans l’intention manifeste de les priver de leurs droits successoraux. Dans ce cas, une action en réduction peut être engagée.

VOIR AUSSI : Comment se passe une succession ? Guide complet de l’héritage
Le rôle clé du notaire dans la sécurisation de la vente
Pour éviter tout litige, le notaire joue un rôle central. Il veille notamment à :
- vérifier la capacité juridique du vendeur,
- s’assurer de la cohérence du prix (bouquet + rente),
- formaliser clairement les droits conservés par le vendeur,
- expliquer les conséquences successorales de la vente.
C’est aussi pour cette raison que les ventes en viager sont très rarement annulées lorsqu’elles sont bien encadrées.
Faut-il quand même informer ses héritiers ?
Sur le plan légal, ce n’est pas obligatoire. Sur le plan humain, en revanche, la transparence est souvent préférable.
Informer ses héritiers :
- permet d’éviter les conflits familiaux,
- réduit les risques de contestation future,
- facilite la compréhension du projet (financer une retraite, rester chez soi, anticiper la dépendance…).
Certaines familles choisissent même d’en discuter en amont avec un notaire, dans un cadre neutre et rassurant.
Pour conclure, oui, il est tout à fait possible de vendre en viager sans l’accord des héritiers. Le propriétaire reste seul décisionnaire tant qu’il est vivant et juridiquement capable. Les héritiers ne peuvent s’y opposer que dans des situations exceptionnelles, liées à un abus ou à un déséquilibre manifeste. Bien préparée et encadrée par un notaire, la vente en viager reste donc une solution légale et sécurisée, y compris sur le plan successoral.
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