Alors que l’âge légal de départ à la retraite fait régulièrement débat, une autre question s’impose de plus en plus dans le paysage professionnel : peut-on travailler jusqu’à 70 ou même 80 ans si on le souhaite ? Pour certains, prolonger sa carrière est un choix assumé, synonyme d’épanouissement et de sécurité financière. Pour d’autres, cette perspective soulève des inquiétudes, notamment sur la santé, la fatigue ou la place laissée aux plus jeunes. Travailler au-delà de cet âge légal présente en réalité des avantages réels, mais aussi des limites importantes, qu’il est essentiel de comprendre avant de se projeter.
En bref – Avantages et inconvénients de travailler jusqu’à 70 ans
| ✅ Avantages | ⚠️ Inconvénients |
|---|---|
| 💰 Revenus supplémentaires : améliore le niveau de vie, retarde l’utilisation de la retraite, permet d’épargner. | 😓 Fatigue accrue : efforts physiques et mentaux plus difficiles à supporter avec l’âge. |
| 🧑🤝🧑 Maintien du lien social : sentiment d’utilité, rythme de vie préservé, réduction de l’isolement. | ⚒️ Inégalités entre métiers : certains postes (manuels, pénibles) rendent cette option peu réaliste. |
| 🧠 Stimulation intellectuelle : préservation des capacités cognitives, notamment pour les métiers de réflexion. | 👥 Tensions générationnelles : frein au renouvellement des postes et à l’accès des jeunes au marché du travail. |
| 🕊️ Souplesse pour certains statuts : indépendants et professions libérales peuvent aménager leur fin de carrière. | ⏳ Temps personnel réduit : projets de vie ou de repos repoussés, avec un risque de le regretter plus tard. |
Pourquoi prolonger son activité professionnelle après 64 ans ?
À l’heure où les parcours professionnels s’allongent, travailler jusqu’à 70 ans apparaît pour certains comme une opportunité de sécuriser sa situation, de rester actif avec des liens sociaux ou de donner une nouvelle forme à la fin de carrière.
Un complément financier non négligeable
L’un des premiers arguments en faveur d’une activité prolongée est l’aspect financier. Continuer à travailler permet de percevoir un salaire en plus, tout en retardant le moment de puiser dans sa pension de retraite. Cela peut être un levier précieux pour :
- améliorer son niveau de vie,
- faire face à l’augmentation du coût de la vie,
- soutenir financièrement ses proches,
- se constituer une épargne plus confortable.
Dans certains cas, travailler plus longtemps permet aussi d’augmenter le montant de sa retraite, notamment lorsque toutes les conditions de taux plein n’étaient pas réunies au moment de l’âge légal.
Le maintien d’une vie sociale et d’un cadre structurant
Le travail ne se résume pas à une source de revenus. Il représente aussi un cadre social, des échanges quotidiens, un sentiment d’utilité. Pour de nombreux seniors, continuer à travailler évite une rupture brutale avec la vie active, souvent vécue comme déstabilisante.
Cette continuité peut limiter le sentiment d’isolement, préserver un rythme de vie et maintenir une place reconnue dans la société, en particulier pour les personnes vivant seules ou très investies dans leur activité professionnelle.
Une stimulation intellectuelle bénéfique
Rester actif professionnellement implique de mobiliser ses compétences, d’apprendre, de s’adapter. Cette stimulation intellectuelle régulière est souvent associée à un meilleur maintien des capacités cognitives, notamment dans les métiers qui sollicitent la réflexion, l’analyse ou la transmission de savoirs.
Pour certains profils, notamment les cadres, les indépendants ou les professions intellectuelles, travailler jusqu’à 70 ans peut être perçu comme une manière de rester « en mouvement », mentalement et professionnellement.
La liberté du choix pour certains statuts
Tous les travailleurs ne sont pas logés à la même enseigne. Les indépendants, les chefs d’entreprise ou les professions libérales disposent souvent d’une plus grande souplesse pour aménager leur fin de carrière. Temps partiel, missions ponctuelles, conseil, mentorat : les possibilités sont multiples, travailler jusqu’à 70 ans peut alors prendre une forme progressive et adaptée, loin du rythme d’une activité à temps plein.

VOIR AUSSI : Combien d’heures peut-on travailler en retraite ?
Les limites à connaître avant de continuer après l’âge légal
Mais rester en poste après 64 ou 65 ans n’est pas sans contraintes. Fatigue, usure physique ou mentale, inégalités entre métiers… les difficultés sont bien réelles pour certains.
Une fatigue physique et mentale accrue
Avec l’âge, le corps récupère moins vite, la fatigue s’installe plus durablement et certaines pathologies ou maladies chroniques deviennent plus fréquentes. Travailler jusqu’à 70 ans peut donc représenter une charge physique et mentale importante, surtout dans les métiers pénibles ou exposés au stress.
Les horaires contraignants, la pression des résultats ou les exigences de performance peuvent devenir plus difficiles à supporter, augmentant le risque d’épuisement professionnel ou de problèmes de santé.
Des inégalités fortes selon les métiers
Si certains peuvent envisager une carrière longue dans de bonnes conditions, ce n’est pas le cas de tous. Les personnes ayant exercé des métiers manuels, physiques ou répétitifs sont souvent plus usées prématurément, rendant le travail prolongé particulièrement éprouvant, voire irréaliste.
Travailler jusqu’à 70 ans pose donc la question de l’équité : prolonger sa carrière n’a pas le même impact selon que l’on a travaillé dans un bureau ou sur un chantier.
Une concurrence intergénérationnelle parfois sensible
Un autre point souvent soulevé concerne la place laissée aux plus jeunes sur le marché du travail. Le maintien prolongé des seniors en poste peut, dans certains secteurs, ralentir le renouvellement des effectifs, limiter les opportunités d’embauche ou freiner l’évolution professionnelle des nouvelles générations.
Cette cohabitation intergénérationnelle peut être enrichissante lorsqu’elle est bien organisée, mais elle peut aussi créer des tensions si les attentes et les modes de travail diffèrent trop fortement.
Le risque de repousser indéfiniment le temps pour soi
Travailler plus longtemps, c’est aussi réduire le temps disponible pour soi, pour ses projets personnels, sa famille, ses loisirs ou simplement le repos. Or, la retraite est souvent perçue comme une période pour profiter pleinement de la vie, voyager, s’engager autrement ou ralentir.
Repousser ce moment jusqu’à 70 ans peut entraîner une frustration, voire des regrets, surtout si la santé ne permet plus ensuite de concrétiser ces projets.

VOIR AUSSI : À partir de quel âge peut-on travailler en France… et jusqu’à quand ?
Les démarches à prévoir selon son statut
Tout dépend de votre statut.
👉 Salarié du privé
- Aucune démarche particulière à faire : il suffit de ne pas demander sa retraite.
- L’employeur ne peut pas imposer un départ à la retraite avant 70 ans.
- Entre 67 et 70 ans, il peut proposer un départ, mais le salarié peut refuser.
- À partir de 70 ans, l’employeur peut imposer la mise à la retraite.
👉 Fonctionnaire
- Un âge limite d’activité existe selon les corps (souvent entre 67 et 70 ans).
- Il faut faire une demande de prolongation d’activité si l’on souhaite travailler au-delà.
- La prolongation est soumise à accord de l’administration.
👉 Travailleur indépendant / profession libérale
- Liberté totale de continuer à travailler, sans limite d’âge.
- Aucune démarche particulière : il suffit de retarder la demande de retraite.
- Activité possible aussi sous forme aménagée (temps partiel, missions, conseil, etc.).
Cumuler retraite et travail : est-ce possible ?
Oui, il est tout à fait possible de cumuler retraite et activité professionnelle, sous certaines conditions. Ce dispositif, appelé cumul emploi-retraite, permet de percevoir à la fois sa pension de retraite et des revenus issus d’une activité salariée ou indépendante. Pour en bénéficier pleinement, il faut généralement avoir atteint l’âge légal de départ et rempli les conditions du taux plein.
Dans ce cas, le cumul est libre et sans plafond. À l’inverse, si ces conditions ne sont pas remplies, le cumul est plafonné et peut suspendre une partie de la pension. À noter aussi : depuis 2023, le cumul peut ouvrir de nouveaux droits à retraite dans certains cas, ce qui n’était plus possible auparavant. C’est donc une solution souple pour rester actif tout en touchant sa pension.
Continuer à travailler après l’âge légal : un choix personnel
Au-delà des débats économiques et politiques, rester en activité au-delà de l’âge légal ne peut pas être envisagé de manière uniforme. Pour certains, c’est un choix assumé, motivé par l’envie, l’intérêt ou la nécessité financière. Pour d’autres, cela peut être vécu comme une contrainte difficile, voire injuste.
L’enjeu réside donc dans la souplesse des parcours : permettre à ceux qui le souhaitent et le peuvent de continuer à travailler, tout en garantissant des conditions de départ dignes et adaptées à ceux dont la carrière a été plus pénible.
Travailler longtemps présente des avantages indéniables, notamment sur le plan financier, social et intellectuel, mais comporte aussi des limites importantes liées à la santé, à la pénibilité et à l’équilibre de vie. Plus qu’une règle générale, cette perspective doit être envisagée comme un choix individuel, tenant compte du métier exercé, de l’état de santé et des aspirations personnelles.
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