Sur l’emballage d’un yaourt ou dans un spot publicitaire, les mots « écologique », « neutre en carbone » ou « durable » fleurissent. Qu’est-ce que le « greenwashing » ? Alors que les préoccupations pour la planète s’intensifient et que les scandales climatiques se multiplient, de plus en plus d’entreprises tentent de se donner une image responsable. Face à ce flot de messages, le consommateur ne sait plus à quel saint se vouer. Comment reconnaître les initiatives sincères des simples artifices marketing ?
Cette confusion se prolonge dans le domaine alimentaire. L’essor des aliments ultra‑transformés et les multiples dispositifs d’étiquetage compliquent la tâche. Découvrons non seulement les mécanismes du greenwashing, mais aussi la réglementation qui l’encadre.
Sommaire
Définir le greenwashing et mesurer son ampleur
Un concept apparu avec le marketing vert
Le terme « greenwashing » est utilisé depuis les années 1990. Il désigne les stratégies des entreprises qui se présentent comme plus respectueuses de l’environnement qu’elles ne le sont réellement. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) explique que l’écoblanchiment consiste à « mettre en avant des arguments écologiques non fondés ou trompeurs ». Ces pratiques donnent ainsi une image environnementale valorisante, créant un avantage concurrentiel injustifié.
Une pratique répandue
Le greenwashing n’est pas anecdotique. L’Union européenne recense plus de 230 labels de durabilité et 100 labels d’énergie verte sans système de vérification uniforme. En 2020, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a mené son enquête. Le constat ? 40 % des sites utilisaient des tactiques potentiellement trompeuses. On parle d’usage de termes vagues comme « éco » ou « planète friendly » sans précision et de labels fabriqués de toutes pièces.
De telles pratiques rendent encore plus difficile l’identification des produits réellement durables. Non seulement cela porte préjudice aux entreprises qui investissent dans une réelle réduction de leur impact environnemental, mais aussi le consommateur final.
Les différents pièges : apparence, promesses excessives et absence de preuves
Selon la DGCCRF, le greenwashing se décline en plusieurs catégories :
- Le piège de l’apparence : un packaging vert, des feuilles ou des animaux peuvent suggérer un produit écologique alors qu’il ne l’est pas. L’organisme cite l’exemple de produits portant la mention « recyclé » alors que seul l’emballage l’est.
- La promesse excessive : certaines marques mettent en avant un seul aspect écologique. Par exemple, le simple mention du coton biologique pour un vêtement fabriqué de manière polluante. L’étiquette « bio » concerne alors seulement une composante du produit et non l’ensemble.
- La promesse non prouvée : les allégations « 100 % naturel » ou « neutre en carbone » ne sont accompagnées d’aucune preuve ni de données quantifiables.

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Une régulation de plus en plus stricte
Les obligations imposées par l’Union européenne
Pour contrer ces dérives, l’Union européenne a dévoilé, en mars 2024, l’Empowering Consumers for the Green Transition. Celle‑ci exige que toutes les allégations environnementales soient basées sur des preuves vérifiables, validées par un organisme indépendant et reposent sur des critères clairs. Les allégations génériques (ex : « écologique », « responsable ») ne seront autorisées que si le produit présente des performances environnementales exceptionnelles reconnues officiellement.
La directive interdit également les affirmations de neutralité carbone fondées uniquement sur la compensation. Les entreprises contrevenantes pourront se voir infliger des amendes pouvant atteindre 4 % de leur chiffre d’affaires annuel. Elles risquent également une exclusion des marchés publics. Les États membres doivent transposer cette directive avant le 27 mars 2026 et l’appliquer à partir du 27 septembre 2026.
Le cas français : la loi Climat et résilience
La France a adopté en août 2021 la loi Climat et résilience, dont l’article 12 encadre strictement les publicités se revendiquant « neutres en carbone ». Une entreprise ne peut revendiquer la neutralité carbone que si elle publie son bilan d’émissions, détaille comment ces émissions sont évitées, réduites ou compensées, et publie un plan de réduction avec des objectifs à dix ans.
Un décret de janvier 2023 impose de mettre en ligne un rapport annuel présentant les émissions sur l’ensemble du cycle de vie, un plan de réduction et la description des projets de compensation utilisés. En cas de non‑respect, l’autorité administrative peut imposer une amende de 100 000 € et ordonner le retrait de la publicité.

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Lire une étiquette nutritionnelle et le Nutri‑Score : un acte citoyen
Se concentrer sur les informations clés
Face à la multiplicité des labels et allégations, apprendre à lire les étiquettes est essentiel pour faire des choix éclairés. Le guide de l’EWG propose une méthode en trois étapes :
- Analyser la liste d’ingrédients : privilégier les produits à base d’aliments entiers et éviter les listes interminables contenant des colorants, des agents de conservation ou des ingrédients ultratransformés. Méfiez‑vous des sucres dissimulés sous des noms comme sirop, miel ou concentrés de fruits.
- Observer trois indicateurs nutritionnels : graisses saturées, sodium et sucres ajoutés. Les autorités américaines considèrent qu’un aliment est faible en nutriments préoccupants lorsqu’il fournit au maximum 5 % de la valeur quotidienne (VQ) et élevé au‑delà de 20 %. Pour un snack, l’EWG recommande de viser de 5 % à 10 % de la VQ en graisses saturées et sucres ajoutés, et 10 % à 15 % en sodium. Pour un plat principal, la fourchette conseillée est de 15 % à 20 % de la VQ en graisses saturées et 20 % à 30 % en sodium.
- Vérifier la taille des portions : les portions indiquées sur les emballages sont parfois irréalistes. Une boisson sucrée annoncée à 12 g de sucre pour une portion de 240 ml peut en réalité contenir 24 g dans la bouteille de 500 ml. Adapter les chiffres à votre consommation réelle évite de sous‑estimer l’apport en calories ou en sucre.
Bien utiliser le Nutri‑Score
Le Nutri‑Score est un logo à cinq lettres (de A à E) et cinq couleurs (du vert au rouge) qui synthétise la qualité nutritionnelle d’un produit. Plus la lettre est proche de A (et la couleur est verte), plus le produit est considéré sain. Ce dispositif calcule un score à partir des teneurs en nutriments à favoriser (fibres, protéines, fruits, légumes, légumineuses) et à limiter (calories, sucres, graisses saturées, sel). La DGCCRF recommande d’associer le Nutri‑Score à la lecture de l’étiquette. Un produit avec un Nutri‑Score A peut contenir des quantités non négligeables de sucre et de sel pour une portion élevée. D’où l’intérêt de combiner ces informations pour choisir des aliments réellement équilibrés.
Le Nutri‑Score a fait l’objet d’une mise à jour en mars 2025 afin de mieux pénaliser les boissons sucrées et les produits trop salés. Ce nouveau calcul est progressivement déployé et les industriels disposent de deux ans pour adapter leurs emballages. Les autorités françaises s’appuient sur ce logo pour promouvoir une alimentation équilibrée et réduire l’incidence des maladies cardiovasculaires. Toutefois, certains fabricants l’utilisent pour se prévaloir d’une qualité nutritionnelle globale tout en dissimulant un impact environnemental défavorable.

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Conseils pour déjouer le greenwashing au quotidien
1. Privilégier les labels officiels
De nombreux organismes publics et associatifs délivrent des labels certifiés, basés sur des cahiers des charges indépendants et contrôlés. Parmi eux figurent le label européen Écolabel, le label Agriculture biologique (AB) pour l’alimentation ou encore le label FSC pour la gestion durable des forêts. L’Union européenne recense plus de 230 labels, mais seuls ceux contrôlés par des autorités reconnues garantissent une réelle fiabilité.
2. Se méfier des slogans vagues et des promesses trop belles
Un discours flou (« éco‑responsable », « respectueux de la planète ») ou trop large sans explications détaillées est souvent révélateur d’un greenwashing. La DGCCRF conseille de se méfier des promesses alléchantes dépourvues de chiffres ou de mesures concrètes. Cela concerne les visuels verdoyants et les allégations partielles qui ne reflètent qu’un aspect du produit. Par exemple, annoncer que 95 % d’un packaging est recyclable ne signifie pas que le contenu l’est.
3. Comparer les entreprises et privilégier la transparence
Comparer plusieurs marques sur la base de critères clairs permet de détecter les incohérences. Les entreprises qui publient un rapport extra‑financier détaillant leurs émissions, leurs objectifs de réduction et les progrès accomplis sont généralement plus crédibles que celles qui se contentent d’un slogan.
Le décret français oblige d’ailleurs les sociétés se disant « neutres » à fournir un plan à dix ans et à mettre à jour annuellement leurs données. Les consommateurs peuvent consulter ces rapports sur les sites des entreprises ou demander des informations précises via le service clientèle.
4. Penser cycle de vie
Le greenwashing consiste souvent à détourner l’attention du cycle de vie complet d’un produit. Une entreprise peut par exemple annoncer un emballage en plastique recyclé sans évoquer les émissions liées au transport ou à la fabrication.
Avant d’acheter, demandez : d’où viennent les matières premières ? Quelle est la durée de vie du produit ? Peut‑il être réparé, recyclé ou réutilisé ? Les lois récentes encouragent la transparence sur l’empreinte carbone et sur le recyclage, mais l’esprit critique reste indispensable.
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