Usufruit, nue-propriété, démembrement… Ces termes juridiques peuvent vite devenir flous, surtout lorsqu’ils concernent un bien immobilier familial ou un héritage. Pourtant, la question revient très souvent : comment faire tomber un usufruit, et surtout, est-ce possible avant le décès de l’usufruitier ? Bonne nouvelle : il existe plusieurs situations dans lesquelles un usufruit peut disparaître. Certaines sont automatiques, d’autres nécessitent un accord, voire une décision de justice.
Sommaire
C’est quoi exactement un usufruit ?
L’usufruit est le droit d’utiliser un bien ou d’en percevoir les revenus (par exemple les loyers), sans en être pleinement propriétaire. La propriété est alors partagée entre :
- l’usufruitier, qui occupe le logement ou touche les loyers ;
- le nu-propriétaire, qui possède le bien sur le plan juridique, mais ne peut pas l’utiliser librement.
Ce montage est très fréquent :
- après un décès (le conjoint conserve l’usufruit, les enfants la nue-propriété) ;
- lors d’une donation pour anticiper une succession.

VOIR AUSSI : Donation avec usufruit : tout comprendre pour transmettre un bien immobilier
Dans quels cas un usufruit prend fin automatiquement ?
Un usufruit ne dure pas forcément éternellement : dans certains cas précis, la loi prévoit sa disparition automatique, sans formalité particulière.
Le décès de l’usufruitier
C’est le cas le plus courant. L’usufruit est en principe viager, ce qui signifie qu’il s’éteint automatiquement au décès de l’usufruitier. Le nu-propriétaire devient alors plein propriétaire, sans avoir à racheter quoi que ce soit.
👉 Point important : cette récupération de pleine propriété ne génère pas d’impôt supplémentaire, car elle a déjà été prise en compte lors de la transmission initiale.
La fin prévue dans l’acte
Parfois, l’usufruit est accordé pour une durée limitée (10, 15 ou 20 ans). Dans ce cas, à la date prévue, l’usufruit disparaît de lui-même, sans discussion possible.
La disparition du bien
Si le bien n’existe plus (destruction totale, immeuble démoli), l’usufruit s’éteint également, sauf clause particulière sur une indemnisation ou une reconstruction.
Peut-on faire tomber un usufruit avant son terme ?
Oui, mais pas unilatéralement, sauf cas très particuliers.
La renonciation volontaire de l’usufruitier
L’usufruitier peut décider de renoncer à son droit, par exemple s’il n’utilise plus le logement ou souhaite simplifier la situation familiale. Cette renonciation doit obligatoirement être formalisée devant un notaire.
⚠️ À savoir : selon les situations, cette renonciation peut être assimilée à une donation, avec des conséquences fiscales.
Le rachat de l’usufruit
Autre solution très courante : le nu-propriétaire rachète l’usufruit. Cela permet de reconstituer la pleine propriété avant le décès de l’usufruitier. Le montant est calculé selon un barème fiscal officiel, qui dépend :
- de l’âge de l’usufruitier ;
- de la valeur du bien.
C’est souvent la solution choisie pour :
- vendre un bien plus facilement ;
- récupérer l’usage du logement ;
- éviter des blocages familiaux.

VOIR AUSSI : Qui paie les frais de notaire lors d’une donation ?
Peut-on supprimer un usufruit par la justice ?
Lorsque le dialogue est rompu ou que la situation devient conflictuelle, la justice peut, dans de rares cas, être saisie pour mettre fin à un usufruit.
En cas de manquement grave de l’usufruitier
L’usufruitier a des obligations :
- entretenir le bien ;
- ne pas le dégrader ;
- respecter sa destination.
S’il ne respecte pas ces règles (logement laissé à l’abandon, dégradations importantes, usage abusif), le nu-propriétaire peut saisir le tribunal pour demander la déchéance de l’usufruit.
⚖️ Attention : cette procédure est rare et nécessite des preuves solides (constats, expertises, courriers restés sans réponse).
En cas d’abus de jouissance
Si l’usufruitier utilise le bien de manière clairement excessive ou contraire à sa destination (nuisances, activités inadaptées…), le juge peut également intervenir. Mais dans les faits, les tribunaux restent très protecteurs de l’usufruit, surtout lorsqu’il concerne un conjoint survivant.
Peut-on forcer la fin d’un usufruit ?
C’est l’idée reçue la plus fréquente. Non, on ne peut pas “forcer” facilement la fin d’un usufruit.
Sauf situation grave, le nu-propriétaire ne peut pas imposer la disparition de l’usufruit contre la volonté de l’usufruitier.
👉 C’est pourquoi les solutions amiables (renonciation ou rachat) sont presque toujours privilégiées.
Les bonnes démarches à suivre
Avant toute décision, il est essentiel de :
- relire attentivement l’acte d’origine (donation, succession, testament) ;
- identifier si l’usufruit est viager ou temporaire ;
- évaluer les conséquences fiscales ;
- consulter un notaire, qui reste l’interlocuteur clé pour sécuriser la démarche.
Faire tomber un usufruit est possible, mais dans un cadre juridique strict. La plupart du temps, la fin intervient naturellement (décès, terme prévu) ou par accord entre les parties. Les procédures judiciaires existent, mais restent exceptionnelles. Une chose est sûre : mieux vaut anticiper et privilégier le dialogue pour éviter les situations bloquées.
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