Le suicide assisté en Suisse : sous quelles conditions ?

Le suicide assisté en Suisse : sous quelles conditions ?

mars 29, 2021 Non Par Morgan

Le thème du suicide assisté est controversé et continue d’agiter les consciences. Récemment,une ancienne secrétaire d’État aux personnes âgées y a eu recours, en Suisse, et a tenu à ce que son parcours soit rendu public, afin de relancer le débat en France et de remuer la classe politique. Actuellement, la pratique de la mort médicalement assistée n’est légalisée que dans trois pays de l’Union européenne : la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas. La Suisse est un pays frontalier où le suicide assisté est réglementé depuis de nombreuses décennies et c’est donc la destination que prennent bon nombre de Français en fin de vie qui souhaitent mourir dignement. Revenons sur les principaux arguments pour et contre cette pratique, ainsi que sur les principaux aspects du suicide assisté en Suisse.

Quels arguments sont généralement avancés en faveur du suicide assisté ?

Les personnes qui ont recours au suicide assisté défendent le droit de pouvoir mourir dans la dignité, alors qu’elles souffrent de douleurs physiques et mentales jugées intolérables. Ces personnes, qui possèdent toutes leurs capacités de discernement malgré la maladie qui les ronge, ressentent alors un besoin profond et stable de mourir. Revenons sur les principaux arguments avancés en faveur de cette pratique.

 

La rédaction, en temps opportun, des dernières volontés

En facilitant les démarches menant au suicide assisté, le malade peut ainsi organiser sereinement sa fin de vie, notamment au travers de la rédaction de ses dernières volontés, où il pourra exprimer ses volontés quant aux formalités liées aux obsèques :

  • Destination de la dépouille : inhumé, incinéré ou donné à la science.
  • Organisation de la cérémonie des funérailles : civile ou religieuse.
  • Instructions quant aux articles funéraires : fleurs, couronnes et type de plaque commémorative funéraire autorisé.
  • Type de cercueil, d’urne ou de monument funéraire souhaité.
  • Lieu de la sépulture.
  • Etc.

La liberté de choix

Dans un pays de droits, le souffrant devrait être libre de prendre ses propres décisions quant à la fin de vie souhaitée, en pouvant décider du moment et des conditions de sa mort.

La fin des souffrances

Le suicide médicalement assisté permet de mettre un terme aux souffrances intolérables provoquées par des pathologies non curables ou dégénératives et éviter qu’elles ne s’aggravent.

Un encadrement légal

Plutôt que de laisser les malades commettre le geste fatal dans l’illégalité et la marginalité, les défenseurs du suicide assisté argumentent que ceux-ci pourront ainsi disposer d’un accompagnement et de conditions dignes, dans un cadre réglementé.

Suicide assisté en Suisse

Quels arguments sont généralement avancés contre suicide assisté ?

Les opposants au suicide assisté défendent que la vie est sacrée et qu’elle doit être protégée. Voyons à présent les principaux arguments avancés contre cette pratique.

Une facilité économique

Le suicide assisté est vu comme une facilité économique, car en interrompant précocement la vie des malades, l’État se verrait soulagé de toutes les dépenses assumées par la sécurité sociale pour assister les patients.

La suffisance des soins palliatifs

Un autre argument avancé est que les soins palliatifs se sont fortement développés et qualifiés ces dernières années. Des équipes multidisciplinaires travaillent en étroite collaboration avec les équipes soignantes et offrent un précieux soutien aux malades, en proposant des services axés sur :

  • La communication.
  • Le support psychosocial et spirituel, apporté non seulement aux malades, mais également à leurs familles.
  • Des traitements complémentaires qui incluent des soins de confort, le but étant d’améliorer la qualité de vie des patients et de soulager leurs symptômes physiques.

Quelles sont les conditions pour recourir au suicide assisté en Suisse ?

Il est important de clarifier qu’en Suisse, ce sont des associations qui prennent en charge la démarche et non des médecins. Seulement quatre de ces associations analysent et acceptent les dossiers de malades étrangers et chacune d’entre elles établit les critères qui donnent accès au suicide assisté. Cependant, le point commun entre toutes ces associations est que ces malades ne peuvent en aucun cas se trouver dans un état de phase terminale de la maladie. Ils doivent pouvoir démontrer leur capacité de discernement et être capables de s’administrer la dose létale, disponible sous forme injectable, buvable ou sous perfusion, avec l’assistance d’un aidant.

Quel est le profil des personnes ayant recours au suicide assisté dans ce pays?

Les dernières statistiques publiées par l’OFS (Office Fédéral de la Statistique) à ce sujet mettent en évidence une forte hausse du nombre de morts par suicide assisté, avec une augmentation de 17% entre les années 2017 et 2018. En contrepartie, le nombre de suicides avait baissé dans la même période. Cependant, il est important de clarifier que ces statistiques ne prennent pas en compte le nombre d’étrangers qui y ont recours, seulement les résidents nationaux.

Les personnes ayant le plus recours à cette pratique présentent le profil type suivant : un âge supérieur à 65 ans et la présence d’une pathologie incurable ou dégénérative, comme le cancer, les maladies du système nerveux, les maladies cardiovasculaires, des douleurs chroniques, la démence, une dépression ou des morbidités multiples. Les femmes étaient, à cette date, un peu plus nombreuses que les hommes.