Avoir un ami imaginaire est souvent associé à l’enfance. À quelque chose de transitoire, de mignon, parfois un peu embarrassant, que l’on est censé laisser derrière soi en grandissant. Pourtant, certains adultes continuent d’entretenir une relation avec une présence imaginaire, plus ou moins définie, plus ou moins consciente. Et cette réalité, bien plus fréquente qu’on ne l’imagine, soulève une question simple en apparence, mais lourde de jugements implicites : est-ce normal ?
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Avoir un ami imaginaire, est-ce normal ?
La réponse courte est oui. Mais comme souvent en psychologie, tout dépend du contexte, de la fonction de cet ami imaginaire, et de la manière dont il s’inscrit dans la vie de la personne.
Contrairement aux idées reçues, avoir un ami imaginaire à l’âge adulte n’est pas automatiquement le signe d’un trouble psychique.
Dans de nombreux cas, il s’agit d’un mécanisme d’adaptation, d’une forme de dialogue intérieur structurée, ou d’un outil émotionnel que le cerveau a conservé parce qu’il lui est utile.
Chez l’enfant, l’ami imaginaire sert souvent à explorer le monde, à réguler les émotions, à tester des scénarios sociaux. Il permet de mettre à distance les peurs, la solitude, parfois des situations difficiles. Ce qui est moins connu, c’est que ces fonctions ne disparaissent pas à l’âge adulte. Elles changent de forme. L’adulte continue de dialoguer intérieurement, de se projeter, de se raconter des histoires. Simplement, cela devient moins visible, moins assumé, parfois plus silencieux.
Chez certains adultes, l’ami imaginaire est une extension de ce dialogue intérieur. Il peut prendre la forme d’une voix rassurante, d’un personnage avec lequel on échange mentalement, ou d’une présence symbolique à laquelle on s’adresse dans les moments de stress ou de solitude.
Cela peut notamment apparaître chez des personnes très imaginatives, créatives, introspectives, ou ayant une vie intérieure riche. Dans ces cas-là, l’ami imaginaire n’est pas confondu avec la réalité. La personne sait qu’il s’agit d’une construction mentale. Il n’y a pas de perte de contact avec le réel.

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Un rôle de régulation émotionnelle ?
Il existe aussi des contextes où l’ami imaginaire joue un rôle de régulation émotionnelle plus marqué. Par exemple, après un traumatisme, une période d’isolement, un deuil, ou dans le cadre de l’anxiété chronique. Le cerveau cherche alors des repères stables, des figures rassurantes.
Créer une présence interne permet de ne pas se sentir totalement seul face à des émotions débordantes. Dans le trouble de stress post-traumatique, notamment, certaines personnes développent des figures internes protectrices, qui les aident à traverser les flashbacks ou les moments de détresse.
Dans l’autisme également, la frontière entre imagination, pensée symbolique et régulation émotionnelle peut être différente de la norme neurotypique. Un ami imaginaire peut servir de médiateur social, de repère prévisible, ou de support à la compréhension des interactions humaines. Là encore, il ne s’agit pas d’un délire, mais d’une stratégie adaptative. Le cerveau utilise les outils dont il dispose pour rendre le monde plus supportable.
Quand faut-il s’inquiéter si un adulte a un ami imaginaire ?
La question devient plus délicate lorsque l’ami imaginaire prend une place envahissante ou rigide. Par exemple, si la personne ne parvient plus à prendre de décisions sans consulter cette présence, si elle se sent contrôlée, ou si elle attribue à cet ami imaginaire des intentions indépendantes et imposées.
Dans ces cas-là, on ne parle plus simplement d’imagination ou de dialogue intérieur, mais d’un rapport altéré à la réalité, qui mérite d’être exploré avec un professionnel.
Il est important de distinguer ami imaginaire et hallucination. Une hallucination est une perception sensorielle vécue comme réelle, sans stimulus extérieur, et souvent non reconnue comme telle par la personne.
L’ami imaginaire, dans sa forme la plus courante chez l’adulte, est au contraire reconnu comme imaginaire. La personne sait qu’il n’existe pas physiquement. Elle ne l’entend pas comme une voix imposée de l’extérieur, mais comme une construction interne. Cette distinction est fondamentale.
Un poids dans le regard des autres
Il faut aussi parler du poids du regard social. Beaucoup d’adultes n’osent pas évoquer ce type d’expérience, par peur d’être jugés, pathologisés, ridiculisés. Or, la norme sociale valorise l’autonomie, la rationalité, la maîtrise. Avoir une présence imaginaire va à l’encontre de cette image.
Pourtant, on tolère très bien d’autres formes de dialogue intérieur, comme se parler à soi-même, se projeter dans des conversations imaginaires, ou écrire comme si l’on s’adressait à quelqu’un. La frontière est souvent plus culturelle que clinique.
Dans certains cas, l’ami imaginaire évolue avec le temps. Il peut devenir moins présent, changer de forme, ou disparaître lorsque la personne développe d’autres ressources émotionnelles. Dans d’autres, il reste, mais sans poser de problème particulier. Il fait partie de l’écosystème psychique de la personne, au même titre que certaines habitudes mentales ou rituels internes. Ce n’est pas la présence en elle-même qui est problématique, mais la souffrance éventuelle qui l’accompagne.
Se poser la question de la normalité est souvent déjà un bon indicateur. Les personnes en grande difficulté psychotique, par exemple, ne se demandent pas si ce qu’elles vivent est normal. Elles vivent leur expérience comme une évidence. Le doute, la réflexion, la capacité à se questionner sont des signes de contact avec la réalité. Avoir un ami imaginaire et s’interroger sur sa signification montre justement une conscience de soi et de ses mécanismes internes.

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Distinguer ami imaginaire et voix intérieure
Il est aussi possible que ce que l’on appelle “ami imaginaire” soit en réalité une métaphore maladroite pour décrire autre chose. Une partie de soi, une voix intérieure, un dialogue interne structuré. En thérapie, notamment dans certaines approches, on travaille avec ces différentes parties, sans les considérer comme pathologiques. Donner un visage ou un nom à une partie de soi peut aider à mieux comprendre ses besoins, ses peurs, ses limites.
La vraie question n’est donc pas tant “est-ce normal” que “à quoi ça sert”. Est-ce que cet ami imaginaire apaise ou angoisse ? Est-ce qu’il aide à faire face ou qu’il enferme ? Est-ce qu’il permet de rester en lien avec le monde ou qu’il isole davantage ? Les réponses varient d’une personne à l’autre, et c’est cette singularité qui compte.
Avoir un ami imaginaire à l’âge adulte n’est pas une anomalie en soi. C’est une expérience humaine possible, située quelque part entre imagination, adaptation et régulation émotionnelle, et cela peut être sain tant que la personne est consciente de la réalité.
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