Lutte contre le tabagisme : quelle stratégie ?

Deux stratégies s’opposent aujourd’hui pour répondre au défi de santé publique que représente la lutte contre le tabagisme. D’une part, la méthode zéro tabac, qui vise à éliminer totalement la consommation de tabac, quitte à mettre en œuvre des leviers coercitifs (interdiction, hausse des tarifs, communication agressive…) ; d’autre part, une méthode dite de réduction des risques (ou harm reduction), dont l’objectif est de diminuer au maximum l’impact nocif du tabagisme sur la santé. Tour d’horizon.

Le tabagisme est un fléau mondial,

qui tue chaque année plus de 7 millions de  personnes dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Depuis plusieurs décennies, les pouvoirs publics tentent d’endiguer la consommation de cigarettes, à travers différentes législations et campagnes de communication. Agir sur la consommation de cigarettes est donc le levier le plus puissant en terme de santé publique, pour sauver des vies et améliorer la santé de millions de personnes.

En France, si les hausses de prix associées aux mesures de la loi Evin (qui interdit notamment la consommation de tabac dans les lieux publics), ont permis de faire disparaitre le tabac des cafés et restaurants, les effets sur la consommation sont encore trop faibles : en 2016, 22,4% des adultes français consommaient quotidiennement du tabac, pour une moyenne européenne de 21% (19% au Royaume-Uni).

A l’instar du modèle français, nombre de pays occidentaux ont suivi ces dernières décennies une approche coup de poing basée sur la fiscalité et la stigmatisation des fumeurs.

Des politiques publiques dont l’efficacité est aujourd’hui remise en cause, au profit d’une vision plus conciliante, où carotte et bâton peuvent coexister. Pour atteindre l’objectif de lutte contre le tabac, l’accent est désormais mis sur l’accompagnement des fumeurs pour les aider à limiter leur consommation et les méfaits du tabagisme.

Anglais et Américains sont aux avant-postes de ces nouvelles pratiques de lutte contre le tabagisme, imités par les Tchèques et les Portugais, qui abordent désormais eux-aussi le problème sous l’angle de la réduction des risques (« harm reduction »). Avec des résultats probants.

Concrètement, cette méthode tend à limiter les lois et campagnes culpabilisantes à l’égard des fumeurs, en partant du principe que ces derniers y ont été sujets depuis des années, sans que les informations sur les méfaits du tabac aient fait évoluer leurs comportements. Au contraire, les tenants du « harm reduction » visent à responsabiliser et à accompagner les fumeurs, en proposant des solutions et des alternatives concrètes.

L’exemple de Stoptober est à ce titre éloquent : cet événement fédère en Grande-Bretagne, chaque année, 10% des fumeurs, qui acceptent de jouer le jeu et d’arrêter de fumer pendant un mois. Des résultats impressionnants, quand on sait que les chances d’arrêter de fumer sont 5 fois plus importantes après un premier arrêt longue durée.

Cette année, le gouvernement britannique est allé encore plus loin : des produits dérivatifs, comme les patches, les gommes à la nicotine, ou les e-cigarettes ont été offerts aux fumeurs pour réussir leur pari. Encore une fois, l’idée est ici d’être pragmatique : ces produits sont certes néfastes pour la santé, mais bien moins (95% moins nocifs par exemple pour la e-cigarette, selon le ministère anglais de la Santé) que la cigarette.

En France, où l’approche zéro tabac est encore omniprésente chez les acteurs de la lutte contre le tabagisme, on essaye de reproduire en novembre le Stoptober, avec le « mois sans tabac ». Force est hélas de constater que l’initiative ne rencontre pas le même succès qu’outre-Manche.

Car au travers de Stoptober et, au-delà, d’une approche de « harm reduction », les Anglais ont réussi à réduire considérablement le nombre de fumeurs. La Grande-Bretagne est désormais le pays européen où l’on consomme le moins de tabac, comme l’explique le chercheur en addictologie à l’Université de Francfort, Heino Stöver, interrogé par le journaliste Mathias Puddig.

« L’Angleterre est un bon indicateur : sur la carte européenne du tabagisme, l’Allemagne occupe la 33e place sur 34 pays, tandis que l’Angleterre occupe la première place. Ils ont réussi à réduire la part de fumeurs à 17% grâce à un ensemble de mesures – prix politique, politique fiscale, politique d’accès, promotion de l’e-cigarette. En Allemagne, ce chiffre est de 27% », précise le scientifique allemand.

De quoi voir émerger, à moyen-terme, un consensus autour d’une approche de « harm reduction », pour donner un second souffle à la lutte contre le tabagisme.

 

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